Depuis mars 2014, la Crimée, reconnue internationalement comme partie de l'Ukraine et administrée de fait par la Russie, applique la législation russe en matière de libertés publiques. Les organisations internationales et les autorités ukrainiennes font état d'un net rétrécissement de l'espace civique, tandis que les autorités russes de la péninsule présentent ces mesures comme relevant de la lutte contre l'extrémisme et de la sécurité. Les éléments qui suivent reprennent les constats publiés par les institutions des Nations unies, le Conseil de l'Europe et plusieurs organisations de défense des droits humains.
Les médias en activité ont dû se réenregistrer auprès du régulateur russe à partir de 2014, et un grand nombre de titres ukrainiens et tatars n'ont pas obtenu d'autorisation. La chaîne de télévision tatare ATR a cessé d'émettre depuis la péninsule le 1er avril 2015, faute de licence, puis a repris ses programmes depuis Kiev la même année. Plusieurs sites d'information ukrainiens restent bloqués et des journalistes citoyens ont été condamnés à de lourdes peines de prison.
De nombreux Tatars de Crimée ont fait l'objet de perquisitions et de poursuites, souvent sur le fondement de la législation russe antiterroriste, notamment pour appartenance supposée au mouvement Hizb ut-Tahrir, interdit en Russie mais légal en Ukraine. Le Medjlis, organe représentatif du peuple tatar de Crimée, a été interdit comme organisation extrémiste par la Cour suprême de Crimée le 26 avril 2016, décision confirmée par la Cour suprême de Russie le 29 septembre 2016. Ses dirigeants Moustafa Djemilev et Refat Tchoubarov se voient interdire l'entrée sur la péninsule.
Les habitants ont été considérés comme citoyens russes à partir de mars 2014, sauf déclaration contraire déposée dans un délai d'un mois. Le refus de ce passeport expose à des difficultés d'accès à l'emploi public, aux soins et à la propriété. La conscription dans les forces armées russes a par ailleurs été étendue à la péninsule, ce que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme juge contraire au droit international humanitaire applicable aux territoires occupés.
L'Église orthodoxe d'Ukraine a perdu la plupart de ses lieux de culte sur la péninsule et n'y conserve qu'une présence très réduite. Les communautés de Témoins de Jéhovah ont été dissoutes après la décision russe de 2017 qui les qualifie d'extrémistes. Plusieurs mosquées et communautés musulmanes se sont vu refuser l'enregistrement.
Dans un rapport publié le 28 février 2024 sur dix années d'occupation, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme documente 104 disparitions forcées et 55 cas de torture. La Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt du 25 juin 2024, a conclu à l'existence d'une pratique administrative de violations imputable à la Russie. Moscou conteste ces conclusions et ne reconnaît plus la compétence de cette juridiction depuis 2022.