La Crimée occupe une place singulière dans les lettres russes, polonaises et tatares. Les poètes romantiques y ont trouvé un Orient proche, les prosateurs du début du vingtième siècle un climat favorable. Plusieurs de leurs maisons sont devenues des musées littéraires.
Alexandre Pouchkine séjourne dans la péninsule en 1820, pendant son exil dans le sud de l'Empire. La visite de l'ancien palais des khans lui inspire un poème narratif, publié en 1824, autour de la fontaine dite des larmes et de la légende d'une captive polonaise. Le texte a fixé l'image romantique de Bakhtchissaraï et a nourri un ballet célèbre du répertoire soviétique.
Le poète polonais Adam Mickiewicz parcourt la péninsule depuis Odessa alors qu'il réside en Russie contre son gré. Il en tire dix-huit sonnets publiés en 1826, premier cycle de sonnets de la littérature polonaise. Les paysages du Tchatyr-Dag et les ruines de Bakhtchissaraï y accompagnent la mélancolie de l'exilé.
Anton Tchekhov s'installe à Yalta à la fin des années 1890, sur les conseils de ses médecins, et fait bâtir la maison connue sous le nom de datcha blanche. Il y écrit plusieurs de ses dernières pièces et nouvelles, dont La Dame au petit chien, qui se déroule sur le front de mer de la ville. La maison et son jardin se visitent comme musée.
Maximilian Volochine, poète, critique et aquarelliste, fait de Koktebel un lieu de rencontre pour les écrivains et les artistes du début du vingtième siècle. Sa maison, ouverte aux hôtes de passage, accueillit notamment Marina Tsvetaïeva et Ossip Mandelstam. Elle abrite désormais un musée consacré à son œuvre et à ce cercle.
Alexandre Grine, auteur de récits d'aventure et de fantaisie marine, passe les dernières années de sa vie sur la côte orientale. Ses Voiles écarlates en ont fait une figure familière des lecteurs russophones. Son logement de Féodossia et sa maison de Vieux Krym forment deux petits musées.
La littérature tatare de Crimée puise dans une longue tradition poétique de langue turque, portée sous le khanat par la cour de Bakhtchissaraï. Ismaïl Gasprinski, éducateur et journaliste de la fin du dix-neuvième siècle, marque durablement la prose et la presse en langue tatare. La déportation de 1944 a brisé cette continuité, et les auteurs contemporains écrivent souvent depuis l'exil ou depuis l'Ukraine continentale.
Le réseau des maisons littéraires forme un fil de visite cohérent, de Yalta à Féodossia en passant par Koktebel et Vieux Krym. Ces lieux conservent des meubles, des manuscrits et des bibliothèques d'époque.