La Crimée porte les traces de presque tous les empires qui ont bordé la mer Noire. Grecs, Byzantins, Génois, Ottomans, Russes et Soviétiques y ont laissé des villes, des forteresses et des palais. Cette péninsule, reconnue internationalement comme faisant partie de l'Ukraine et annexée par la Russie en mars 2014, se lit d'abord à travers cette superposition.
Les Grecs fondent leurs premiers comptoirs sur ces rives dès le sixième siècle avant notre ère. Panticapée, sur le site de l'actuelle Kertch, devient le centre d'un royaume du Bosphore que le commerce du blé enrichit. Des colons doriens établissent Chersonèse au cinquième siècle avant notre ère, près de l'actuelle Sébastopol. Les auteurs antiques appellent Tauride l'intérieur montagneux, du nom des Taures.
Chersonèse passe sous influence romaine puis byzantine et reste un port actif pendant près de deux mille ans. Son plan orthogonal et sa chôra, ces parcelles agricoles plantées de vigne, figurent depuis 2013 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre de l'Ukraine, et sur la liste du patrimoine en péril depuis 2026.
Après l'éclatement de la Horde d'or, Hadji Giray fonde vers 1441 un khanat que sa dynastie gouverne jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Les Ottomans prennent le littoral en 1475 et le khan reconnaît leur suzeraineté tout en gardant une large autonomie. Bakhtchissaraï devient la capitale au seizième siècle. La société associe alors des populations turcophones musulmanes et des communautés grecques, arméniennes et caraïtes.
Le traité de Koutchouk-Kaïnardji place le khanat sous dépendance russe en 1774, avant que Catherine II ne l'annexe en 1783. Sébastopol naît alors comme base navale. Au dix-neuvième siècle, la cour et l'aristocratie font construire des palais sur la côte sud et lancent la vocation balnéaire et viticole de la région.
La guerre de Crimée oppose de 1853 à 1856 la Russie à une coalition réunissant la France, le Royaume-Uni, l'Empire ottoman et le Piémont. Le siège de Sébastopol dure d'octobre 1854 à septembre 1855. Léon Tolstoï, officier sur place, en tire ses Récits de Sébastopol.
La péninsule change plusieurs fois de mains pendant la guerre civile et sert de dernier refuge aux armées blanches, évacuées en novembre 1920. Une république autonome soviétique voit le jour en 1921. L'occupation allemande, de 1941 à 1944, s'accompagne de l'extermination des Juifs et des Krymchaks. Le 18 mai 1944, les autorités soviétiques déportent toute la population tatare de Crimée vers l'Asie centrale et l'Oural, environ 190 000 personnes selon les rapports du NKVD, avec une mortalité très élevée durant les premières années d'exil. Grecs, Arméniens et Bulgares subissent une mesure comparable peu après.
En 1954, le Praesidium du Soviet suprême transfère l'oblast de Crimée de la république russe à la république socialiste soviétique d'Ukraine. Les Tatars de Crimée obtiennent le droit de revenir à la fin des années 1980 et rentrent par dizaines de milliers. Après l'indépendance ukrainienne de 1991, la péninsule devient une république autonome au sein de l'Ukraine.
Fin février 2014, des militaires sans insigne prennent le contrôle des points stratégiques. Un référendum organisé le 16 mars précède un traité de rattachement à la Fédération de Russie signé le 18 mars. L'Assemblée générale des Nations unies adopte le 27 mars 2014 la résolution 68/262, qui déclare ce scrutin sans validité. La péninsule est depuis administrée de fait par la Russie. Le pont du détroit de Kertch a ouvert à la circulation routière en 2018.